Financer les PME françaises : quelles voies existent ?
Plusieurs dispositifs permettent d'orienter une partie de son épargne vers les petites et moyennes entreprises, avec parfois un avantage fiscal à l'entrée. En contrepartie, l'argent est immobilisé plusieurs années et le risque de perte totale est réel.
Les PME et les entreprises de taille intermédiaire emploient la majorité des salariés du secteur privé en France. Elles se financent pourtant bien plus difficilement que les grands groupes cotés.
Différents dispositifs cherchent à combler cet écart en attirant l'épargne des particuliers. Ils reposent tous sur le même échange : un avantage ou un rendement espéré contre une immobilisation longue et un risque élevé.
Quelles sont les voies d'accès pour un particulier ?
Le plan d'épargne en actions dédié aux PME permet de détenir des titres de sociétés européennes de taille modeste dans une enveloppe fiscalement avantageuse après cinq ans.
La souscription directe au capital d'une société non cotée ouvre droit, sous conditions, à une réduction d'impôt sur le revenu.
Les fonds spécialisés dans l'innovation ou la proximité régionale mutualisent les participations et donnent accès à un portefeuille de plusieurs entreprises.
Enfin, les plateformes de financement participatif proposent des prêts rémunérés ou des prises de participation à partir de petits montants.
Ces quatre voies ne s'adressent pas au même profil. Les deux premières supposent de choisir soi-même les entreprises, les deux suivantes délèguent ce choix à un gérant ou à une plateforme.
Comment fonctionne le plan d'épargne dédié aux PME ?
Cette enveloppe fonctionne comme un plan d'épargne en actions classique, avec son propre plafond de versements et un univers d'investissement restreint aux sociétés de taille moyenne.
Après cinq ans de détention, les retraits sont exonérés d'impôt sur le revenu, les prélèvements sociaux restant dus sur les gains.
Les deux plans peuvent être détenus simultanément, mais leurs plafonds de versements sont liés. Ce point est régulièrement mal compris et se vérifie avant d'ouvrir le second.
Attention à la définition des sociétés éligibles : elle repose sur des seuils d'effectif, de chiffre d'affaires et de total de bilan. Une société qui dépasse ces seuils sort du champ, et les titres doivent alors être cédés ou transférés.
Que rapporte la réduction d'impôt à l'entrée ?
La souscription au capital d'une PME éligible ouvre droit à une réduction d'impôt calculée sur le montant versé, dans la limite d'un plafond annuel qui dépend de la situation familiale.
Cette réduction s'impute sur l'impôt dû l'année suivant la souscription. Elle ne se transforme jamais en remboursement si l'impôt est insuffisant.
Les conditions d'éligibilité et les taux applicables sont détaillés sur le site des impôts. Ils sont susceptibles d'être modifiés à chaque budget voté.
Combien coûte réellement une souscription de 7 500 euros ?
Prenons 7 500 € souscrits au capital d'une société éligible, avec un taux de réduction de 18 %.
La réduction d'impôt s'élève à 1 350 €. Le coût net de la souscription ressort donc à 6 150 € la première année.
L'engagement de conservation est de cinq ans. Une revente anticipée entraîne la reprise de l'avantage fiscal, sauf cas de sortie prévus par les textes.
Si la société fait faillite au bout de quatre ans, la perte s'établit à 6 150 €, l'avantage fiscal ayant simplement réduit le coût d'entrée. Cet exemple illustre un mécanisme et ne préjuge d'aucun résultat.
Les fonds spécialisés sont-ils plus prudents ?
Ils répartissent le risque sur une dizaine ou une vingtaine de participations, ce qui réduit l'effet d'une défaillance isolée.
Leurs frais sont en revanche élevés : frais de souscription, frais de gestion annuels et parfois une commission sur la performance finale.
Leur durée de blocage dépasse fréquemment huit ans, prorogeable par la société de gestion. La date de récupération des fonds n'est donc pas connue à l'avance.
Leur performance historique moyenne, mesurée par les régulateurs sur des générations de fonds arrivées à échéance, s'est révélée nettement inférieure aux attentes affichées lors des commercialisations.
Quel est le vrai niveau de risque ?
| Voie d'accès | Immobilisation | Nature du risque |
|---|---|---|
| Plan d'épargne PME | Cinq ans pour l'avantage | Marché et liquidité |
| Souscription directe | Cinq ans minimum | Perte totale possible |
| Fonds spécialisés | Huit ans et plus | Perte partielle fréquente |
Une part significative des jeunes entreprises financées disparaît avant d'atteindre la rentabilité. Ce n'est pas un accident du modèle, c'est le modèle lui-même.
Le capital n'est garanti dans aucun de ces cas, et l'avantage fiscal ne compense pas une perte importante.
Comment se passe la sortie ?
C'est le point le plus négligé au moment de souscrire. Une société non cotée n'a pas de marché organisé : vendre suppose de trouver un acheteur.
Les issues habituelles sont le rachat par un industriel, l'entrée d'un nouvel investisseur, ou la cession aux dirigeants. Aucune n'est certaine ni datée.
Certaines participations restent en portefeuille dix ans ou davantage sans qu'aucune sortie ne se présente.
Le financement participatif est-il différent ?
Le prêt rémunéré à une entreprise ou à un promoteur immobilier fonctionne autrement : un taux et une échéance sont fixés à l'avance.
Le risque n'est pas la valorisation mais le défaut de remboursement. Les retards de paiement sont fréquents dans l'immobilier participatif lors des phases de tension.
Ces plateformes doivent disposer d'un agrément européen de prestataire de services de financement participatif. Une plateforme sans agrément est à écarter, comme le rappelle les pièges de l'investissement en ligne.
Comment analyser une société avant de souscrire ?
Trois éléments donnent déjà beaucoup : les comptes des trois derniers exercices, la composition du capital, et l'identité des dirigeants.
Une société dont le chiffre d'affaires ne progresse pas malgré plusieurs levées successives pose une question simple, qu'il faut poser directement.
Méfiez-vous des documents commerciaux qui présentent des projections à cinq ans sans historique. Une prévision n'est pas une mesure.
Regardez aussi à quel prix les investisseurs précédents sont entrés. Souscrire à une valorisation très supérieure à celle du tour précédent, sans progression d'activité correspondante, réduit fortement les chances de sortie favorable.
Quelle place dans une allocation ?
Ces souscriptions appartiennent à la fraction la plus exposée d'un patrimoine, au même titre que les actifs très volatils.
Un ordre de grandeur souvent retenu situe l'ensemble de cette poche sous 10 % de l'épargne financière, répartie sur plusieurs dossiers plutôt qu'un seul.
Le principe de répartition est développé dans la diversification d'un portefeuille et dans celui consacré aux secteurs porteurs.
L'avantage fiscal doit-il déclencher la décision ?
Non. Une réduction d'impôt réduit le coût d'entrée, elle ne rend pas une entreprise viable.
L'ordre des questions compte : d'abord l'activité et l'équipe, ensuite le prix, enfin la fiscalité. Inverser cet ordre est l'erreur la plus fréquente en fin d'année.
Cette hiérarchie vaut pour tous les dispositifs, comme le souligne l'article sur la défiscalisation.
Faut-il investir en fin d'année ?
La pression commerciale s'intensifie en décembre, au moment où la réduction d'impôt de l'année se joue.
Cette urgence sert le vendeur, pas l'épargnant. Les dossiers de qualité se souscrivent tout au long de l'année.
Une décision prise en quinze jours sur une entreprise non cotée mérite au minimum d'être différée à l'exercice suivant.
Ce qu'il faut retenir
Quatre voies existent : plan d'épargne dédié, souscription directe, fonds spécialisés et financement participatif.
La réduction d'impôt réduit le coût d'entrée mais ne protège pas contre une perte, qui peut être totale.
L'immobilisation dure au minimum cinq ans, souvent bien davantage pour les fonds.
Une société non cotée n'a pas de marché organisé : la sortie n'est ni datée ni certaine.
L'avantage fiscal se regarde en dernier, après l'activité, l'équipe et le prix. Voir aussi pourquoi faire une optimisation fiscale.
