Taux promotionnel d'un livret : le calcul qu'on oublie

Un livret bancaire annoncé à 5 % ne verse presque jamais 5 % sur une année complète. Le seul chiffre utile est le taux net encaissé au bout de douze mois, et il se calcule en deux minutes.

Les banques et courtiers en ligne mettent régulièrement en avant des livrets d'épargne à taux élevé. L'offre est réelle, la mécanique est légale, mais le taux affiché ne correspond presque jamais à ce que vous toucherez sur l'année. Comprendre le calcul change complètement le classement des offres.

Que signifie exactement un taux « boosté » ?

Il s'agit d'un taux promotionnel appliqué pendant une durée courte, souvent deux ou trois mois, sur un montant plafonné, et réservé aux nouveaux versements.

Passée cette période, le livret retombe à son taux standard, généralement bien inférieur. Le contrat le prévoit dès le départ, en petits caractères.

L'offre reste honnête tant que ces conditions sont écrites. Le problème vient de la comparaison : on compare un taux promotionnel de trois mois à un taux annuel de livret réglementé, ce qui n'a aucun sens.

Comment calculer le taux moyen sur douze mois ?

La méthode tient en une ligne. Multipliez le taux promotionnel par le nombre de mois concernés, ajoutez le taux standard multiplié par les mois restants, puis divisez le tout par douze.

Avec 5 % pendant 3 mois puis 1 % pendant 9 mois : (5 × 3) + (1 × 9) = 24, divisé par 12 = 2 % brut sur l'année.

Le taux mis en avant en gros caractères était donc deux fois et demie supérieur au taux réellement servi. Rien d'illégal, simplement une présentation.

Que reste-t-il après impôt ?

Les intérêts d'un livret bancaire non réglementé sont soumis au prélèvement forfaitaire unique de 30 %, qui regroupe 12,8 % d'impôt sur le revenu et 17,2 % de prélèvements sociaux.

Sur notre exemple, les 2 % bruts deviennent 1,4 % net. Les règles applicables à un dépôt rémunéré à durée fixée sont exposées sur la fiche officielle du compte à terme.

Les contribuables dont le revenu fiscal de référence est inférieur à certains seuils peuvent demander une dispense d'acompte, et il reste possible d'opter pour le barème progressif si celui-ci est plus favorable.

Un exemple chiffré : 9 600 euros pendant un an

Une épargnante dispose de 9 600 euros. Elle hésite entre un livret bancaire promotionnel et un livret réglementé servi à 2 %.

SupportIntérêts bruts sur 12 moisIntérêts nets encaissés
Livret bancaire, 5 % puis 1 %192 €134,40 €
Livret réglementé à 2 %192 €192 €

Les deux produits versent le même montant brut. L'écart net atteint 57,60 euros en faveur du livret réglementé, uniquement à cause de la fiscalité.

Le calcul s'inverse si le taux promotionnel court plus longtemps ou si le plafond réglementé est déjà atteint. C'est justement pour cela qu'il faut refaire l'opération à chaque offre.

Le plafond de l'offre change-t-il le résultat ?

Beaucoup. Un taux promotionnel s'applique souvent jusqu'à 50 000 euros, parfois seulement jusqu'à 10 000 euros.

Si vous placez 30 000 euros sur une offre plafonnée à 10 000 euros pour la promotion, deux tiers de votre argent travaillent au taux standard dès le premier jour. Le taux moyen réel s'effondre.

Le chiffre à chercher dans les conditions n'est donc pas le taux, mais le couple taux et montant concerné.

À quel moment les intérêts commencent-ils à courir ?

La plupart des livrets bancaires appliquent la règle des quinzaines : un versement effectué le 3 du mois ne produit d'intérêts qu'à partir du 16.

Sur une offre promotionnelle de trois mois, perdre deux quinzaines revient à perdre un sixième de la période avantageuse. Verser le 30 ou le 31 du mois est presque toujours pénalisant.

Cette mécanique s'applique aussi aux retraits, dans l'autre sens : retirer le 2 fait perdre les intérêts de la quinzaine entamée.

Faut-il enchaîner les offres d'une banque à l'autre ?

C'est possible, et certains le font systématiquement. La contrainte est pratique : chaque ouverture demande un dossier, un justificatif de domicile et un virement d'alimentation.

La plupart des offres étant réservées aux nouveaux clients, la même banque ne peut être sollicitée deux fois de suite. Le gain doit être comparé au temps passé.

Sur 9 600 euros, un point de rendement net supplémentaire représente 96 euros par an. À chacun d'estimer si le dossier vaut cette somme.

Comment vérifier qu'un livret est bien un vrai livret bancaire ?

Le produit doit être proposé par un établissement agréé, et les dépôts sont alors protégés à concurrence de 100 000 euros par le mécanisme applicable aux dépôts bancaires.

Un intermédiaire qui présente un « livret » sans que ce mécanisme s'applique vend en réalité autre chose. Les repères pour trancher sont réunis dans les pièges de l'investissement en ligne.

Le nom du titulaire du compte destinataire du virement doit correspondre à celui de l'établissement. Cette vérification prend dix secondes.

Que faire une fois la période promotionnelle terminée ?

Deux options : laisser l'argent au taux standard, ou le rapatrier vers une enveloppe plus intéressante. La deuxième suppose de noter la date de fin dans un agenda, sinon l'argent reste en place par inertie.

Si vos livrets réglementés ne sont pas pleins, ils reprennent l'avantage grâce à l'absence d'imposition, comme l'explique épargner en 2025 : quels comptes et livrets privilégier.

Au-delà, le choix se déplace vers d'autres enveloppes, décrites dans quel placement financier choisir pour épargner et choisir son épargne.

Un livret peut-il vraiment protéger contre la hausse des prix ?

Il limite l'érosion, il ne l'annule pas. Un rendement net de 1,4 % face à des prix en hausse de 2,5 % laisse un recul du pouvoir d'achat, même avec un capital préservé en euros.

C'est le prix de la disponibilité immédiate et de la stabilité du capital. Aucun produit ne cumule disponibilité totale, capital stable et rendement élevé, et une offre qui prétend le contraire mérite une vérification approfondie.

Pourquoi les banques proposent-elles ces taux ?

Parce qu'un livret promotionnel coûte moins cher qu'une campagne publicitaire pour recruter un client. L'objectif n'est pas le dépôt lui-même, mais la relation qui suit.

Une fois le compte ouvert, l'établissement propose une carte, un crédit, une assurance, un contrat d'épargne. Le taux servi pendant trois mois se rentabilise sur plusieurs années.

Cette logique n'a rien de choquant, elle explique simplement pourquoi les conditions sont réservées aux nouveaux clients et pourquoi elles ne sont jamais reconduites.

Quels frais peuvent encore réduire le gain ?

Le livret lui-même est généralement gratuit, mais son ouverture s'accompagne parfois de l'obligation de détenir un compte courant dans le même établissement.

Ce compte peut être facturé, avec ou sans carte, et la cotisation annuelle vient alors se déduire du gain. Sur une somme modeste, elle peut l'annuler entièrement.

Vérifiez également les frais de clôture et le délai de virement des fonds vers votre banque habituelle : quelques jours de flottement suffisent à faire perdre une quinzaine d'intérêts des deux côtés.

Un dernier point mérite attention : certaines offres imposent un versement minimum élevé, parfois plusieurs milliers d'euros, ce qui immobilise une somme supérieure à ce que vous vouliez réellement placer.

Ce qu'il faut retenir

Un taux promotionnel ne s'applique qu'à une durée courte, souvent trois mois, et parfois à une fraction seulement de votre dépôt.

Le taux annuel moyen se calcule en pondérant chaque période par sa durée, puis en divisant par douze.

Les intérêts d'un livret bancaire non réglementé subissent 30 % de prélèvements, contre zéro pour un livret réglementé.

La règle des quinzaines fait perdre jusqu'à deux semaines d'intérêts selon la date du versement.

Les sommes confiées à un établissement agréé bénéficient d'une couverture qui s'arrête à 100 000 euros : c'est le premier point à vérifier.