Livrets et inflation : que reste-t-il de vos intérêts ?

Un livret peut verser des intérêts et vous appauvrir en même temps, dès que les prix montent plus vite que son taux. Voici comment mesurer ce phénomène et dans quel ordre remplir les enveloppes réglementées.

L'épargne des ménages français est très largement logée sur des livrets bancaires. Ces produits ont un mérite réel : l'argent reste disponible et le capital déposé ne bouge pas. Ils ont une limite tout aussi réelle : leur taux ne suit pas toujours la hausse des prix.

Pourquoi un livret peut-il faire perdre du pouvoir d'achat ?

Parce que deux choses évoluent en parallèle : la somme inscrite sur votre relevé, et ce que cette somme permet d'acheter.

Si votre livret rapporte 2 % sur l'année et que les prix augmentent de 3 %, votre capital progresse en euros mais recule en pouvoir d'achat d'environ 1 %. Le relevé affiche pourtant un gain.

C'est ce qu'on appelle le rendement réel : le taux servi moins l'inflation constatée. Il peut être négatif plusieurs années de suite sans que rien n'apparaisse comme une perte sur le relevé bancaire.

Comment calculer ce rendement réel soi-même ?

La soustraction suffit pour un ordre de grandeur. Taux du livret moins taux d'inflation annuel, et vous obtenez la variation réelle de votre pouvoir d'achat.

Les règles de fonctionnement, de plafond et de rémunération du produit le plus répandu sont détaillées sur la fiche officielle du Livret A.

Un point d'attention : l'inflation qui vous concerne dépend de vos dépenses. Un ménage qui se chauffe au fioul et roule beaucoup ne subit pas la même hausse qu'un ménage urbain sans voiture.

Comment sont fixés les taux des livrets réglementés ?

Ils ne sont pas décidés par les banques. Le taux du Livret A résulte d'une formule fixée par l'État, révisée en principe deux fois par an, au 1er février et au 1er août, à partir de l'inflation et des taux du marché monétaire.

Le LDDS suit le taux du Livret A. Le LEP, réservé aux revenus modestes, est calculé selon une règle plus favorable et se situe au-dessus.

Ces taux évoluent donc avec retard sur l'inflation : quand les prix accélèrent, le livret ne s'ajuste qu'à la révision suivante. Ce décalage explique une bonne partie des périodes de rendement réel négatif.

Dans quel ordre remplir les enveloppes réglementées ?

L'ordre logique va du taux le plus élevé au moins élevé, en tenant compte des conditions d'accès.

Le LEP d'abord, s'il vous est ouvert : son plafond est de 10 000 euros hors intérêts et son taux est le plus haut des livrets réglementés. L'accès dépend du revenu fiscal de référence, vérifié chaque année par la banque.

Le Livret A ensuite, plafonné à 22 950 euros hors intérêts pour un particulier. Puis le LDDS, plafonné à 12 000 euros. Un enfant peut par ailleurs disposer d'un Livret Jeune, plafonné à 1 600 euros.

Les intérêts de ces livrets ne subissent ni impôt sur le revenu ni prélèvements sociaux, ce qui est leur avantage principal face aux livrets bancaires ordinaires.

Un exemple chiffré : 14 200 euros pendant deux ans

Une personne dispose de 14 200 euros à laisser disponibles. Elle compare deux répartitions, dans un scénario où les prix augmentent de 2,5 % par an et où son livret sert 2 %.

RépartitionCapital après 2 ansPouvoir d'achat
14 200 € sur livrets réglementés à 2 %environ 14 774 €en recul d'environ 1 %
14 200 € sur compte courant à 0 %14 200 €en recul d'environ 5 %

Le livret ne protège pas complètement, mais l'écart entre les deux lignes représente près de 574 euros au bout de deux ans. Laisser dormir une somme importante sur un compte courant reste la décision la plus coûteuse.

Le compte à terme est-il une alternative ?

C'est un dépôt bloqué pour une durée convenue, en échange d'un taux fixé à l'avance. Il convient à une somme dont vous connaissez la date d'utilisation.

Son intérêt tient à la visibilité : le taux ne bouge pas pendant la période. Son inconvénient est symétrique : si les taux montent, vous restez au taux signé, et une sortie anticipée entraîne une pénalité contractuelle.

Les intérêts sont imposés, en général au prélèvement forfaitaire unique de 30 %, prélèvements sociaux compris.

Que valent les livrets bancaires non réglementés ?

Ils affichent souvent un taux élevé pendant deux ou trois mois, puis reviennent à un niveau bien plus bas. Le calcul utile porte sur les douze mois complets, pas sur la période promotionnelle. Ce calcul est détaillé dans comment épargner de façon rentable.

Leurs intérêts sont fiscalisés, contrairement à ceux des livrets réglementés. Un taux brut supérieur ne signifie donc pas un gain supérieur.

Faut-il sortir des livrets pour battre l'inflation ?

Aller chercher un rendement supérieur suppose d'accepter une variation de la valeur de votre placement, donc un risque de perte en capital. C'est le cas des unités de compte d'un contrat d'assurance vie, d'un plan d'épargne en actions ou de fonds immobiliers.

Ces supports ne remplacent pas les livrets, ils s'ajoutent à eux sur un horizon plus long. Les principales options sont recensées dans quel placement financier pour épargner et comparées dans découvrez les meilleurs produits d'épargne.

Quant à l'or, souvent présenté comme une protection contre la hausse des prix, son cours peut baisser durablement ; le sujet est traité dans investir dans l'or.

Combien laisser sur les livrets, et pas plus ?

L'usage veut qu'on y laisse de quoi tenir un trimestre ou deux de budget familial, plus les projets prévus dans les deux ans.

Au-delà, une somme importante immobilisée à un taux inférieur à l'inflation subit une érosion lente mais continue. C'est un arbitrage, pas une règle : la tranquillité a une valeur, et elle se paie.

Que surveiller au cours de l'année ?

Trois dates : les deux révisions possibles des taux réglementés, et la vérification annuelle des conditions de revenus pour le LEP.

Regardez aussi une fois par an le montant total dormant sur vos comptes courants. C'est presque toujours là que se trouve la perte la plus facile à corriger. La méthode complète figure dans choisir son épargne.

Un couple peut-il doubler ses plafonds ?

Oui, parce que ces produits sont individuels. Chaque personne majeure peut détenir un Livret A et un LDDS à son nom, ce qui porte la capacité d'un couple à 45 900 euros sur le Livret A et 24 000 euros sur le LDDS.

En revanche, un même produit ne peut être détenu qu'une fois par personne. Ouvrir un second Livret A dans une autre banque est interdit, et le contrôle est automatisé à l'ouverture.

Les enfants mineurs peuvent également disposer d'un Livret A, ce qui offre une enveloppe supplémentaire à taux garanti pour l'épargne familiale, sous la responsabilité des parents jusqu'à la majorité.

Que faire de l'argent qui dépasse les plafonds ?

Une fois les livrets pleins, les intérêts continuent d'être versés même au-delà du plafond, puisque seul le capital déposé est limité. Mais aucun versement nouveau n'est possible.

Les sommes suivantes se dirigent généralement vers le fonds en euros d'un contrat d'assurance vie, sur lequel l'assureur s'engage à préserver les sommes versées, avec des frais et une fiscalité différents, ou vers des supports acceptant une variation de valeur.

Le choix dépend alors de la date à laquelle vous comptez utiliser l'argent, pas du taux affiché.

Ce qu'il faut retenir

Le rendement réel d'un livret est son taux moins l'inflation ; il peut être négatif alors que le relevé affiche des intérêts.

Les taux du Livret A et du LDDS sont fixés par une formule d'État, révisée en principe le 1er février et le 1er août.

L'ordre de remplissage le plus courant est LEP, puis Livret A, puis LDDS, en respectant les plafonds de 10 000, 22 950 et 12 000 euros.

Les intérêts des livrets réglementés échappent à l'impôt et aux prélèvements sociaux, contrairement à ceux des livrets bancaires ordinaires et des comptes à terme.

Chercher un rendement supérieur à l'inflation suppose d'accepter un risque de perte en capital sur une partie de son épargne.